Heartmaker, Gimme your joy, Les 8 Pillards, Marseille, 2026
Installation performative, Les 8 Pillards, Marseille, 2026

Ce projet prend pour objet la mania du culte à mystère dionysiaque, qui désigne le délire de la ménade. Elle regroupe un événement ontologique : la possession qui libère l’être de l’identité et du langage en faisant coïncider l’extase (la sortie de soi) et l’enthousiasme (l’entrée du dieu en soi) ; une tonalité : la joie tragique qui ne différencie plus la vie et la mort ; et une pathologie avec laquelle il faut savoir jouer : la psychose. Si le thiase (cortège dionysiaque) est un vacarme, læ possédé·e ne peut rien dire du transport bacchique. Le thiase est donc aussi un silence. Toutefois l’union avec le dieu au moment de l’extase, pour autant qu’elle exclue toute forme de parole, n’est pas la fin de l’évocation. Au trouble dissociatif et au débordement affectif, s’ajoute l’apparition d’une autre présence. Alors que les rapports historiques et symboliques du moi s’interrompent, læ possédé·e se délivre dans la possibilité d’être, en même temps, le même et l’autre. La renaissance dionysiaque ne peut alors qu’appeler une forme de croyance, c’est-à-dire, un geste qui consiste à confier son cœur. En associant jeu instrumental (diaulos et lyre chelys), écriture expérimentale du mugissement vocal, métamorphose des larmes en rires et recherche chorégraphique du ménadisme, la création tourne autour d’un dispositif : un caisson phonique, occlusif et très résonant, offrant l’occasion d’une expérience d’écoute extraordinaire, mettant en œuvre sur le plan sensible à l’endroit du même, la possibilité de l’autre. L’enjeu général étant de créer des espaces disruptifs propices à générer de petits décrochages de la présence consciente, soit ce qui dans l’antiquité n’apparaît pas autrement que comme une forme minimale de possession.